Maurice DUTHEIL DE LA ROCHERE
Biographie
Maurice Dutheil de la Rochère est né le 9 mai 1870 à Versailles. Le 2 novembre 1889, il entre à l'Ecole polytechnique pour une durée de trois ans. Promu sous-lieutenant le 1er octobre 1891, il rejoint l'Ecole d'application de Fontainebleau puis est affecté le 1er octobre 1893 au 1er régiment d'artillerie de marine avec le grade de lieutenant. Le 19 juillet 1894, il rejoint le 2e régiment d'artillerie de marine au Soudan où il reste jusqu'en 1898 avec le grade de capitaine. Pour ses faits de guerre au Soudan et pour la campagne de la Volta (1897), il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Il démissionne de l'armée en 1904 et part exploiter des terres au Sénégal.
En 1914, lorsque la guerre éclate, il est mobilisé et envoyé au 3e régiment d'artillerie coloniale puis au 81e avec le grade de chef d'escadron. Sept fois cité, il termine la guerre avec le grade de lieutenant-colonel. Il reçoit également la Croix du Distinguished service order (décoration britannique) puis est fait commandeur de la Légion d'honneur en 1923. Promu au grade de colonel de réserve le 15 juillet 1926, il est mis à la disposition du commandant militaire du Sénégal. En 1934, il est rayé des cadres de l'armée et admis à la position d'officier honoraire.
Ami d'enfance de Charles Maurras, Maurice Dutheil de la Rochère est souvent présenté comme un monarchiste et un contre-révolutionnaire. Certains témoignages tel celui de son petit-fils, Xavier de Rochefort, amènent à nuancer cette idée. Son cheminement quelques temps aux côtés de Maurras au sein de l'Action française aurait été davantage induit par son anti-parlementarisme que par adhésion intégrale à une philosophie politique. Contrairement à Maurras, le colonel de la Rochère n'avait pas d'estime pour Pétain considérant que le véritable vainqueur de Verdun était le général Mangin et ses troupes coloniales. De plus, Dutheil de la Rochère était un fervent admirateur du général de Gaulle sur le plan de la théorie militaire et il l'aurait rencontré dans les années trente.
Le colonel de la Rochère était présent le 28 juin 1940 quand les Allemands font sauter la statue du général Mangin à Paris, et c'est devant les débris de la statue qu'il retrouve son ancien camarade le colonel Paul Hauet. Ensemble, ils décident d'une résistance active à l'occupant. Il veut à la fois lutter contre l'envahisseur mais également contrer tout mouvement subversif qui aurait pu naître en France. Le colonel Hauet met le colonel de la Rochère en contact avec Boris Vildé et favorise ainsi l'intégration de plusieurs groupes locaux au sein du réseau dit du Musée de l'Homme : les groupes "pompiers de Paris" et Vérité française. Il est le fondateur avec Jehan de Launoy et Julien Lafaye de ce dernier groupe.
Ses activités sont multiples : participation à la rédaction et à la diffusion des journaux Vérité Française et Résistance, création d'une chaîne d'évasion de prisonniers coloniaux en Allemagne en liaison avec Hauet, renseignement militaire par le canal de Vildé, participation à la création du groupe paramilitaire "Honneur et Patrie".
Arrêté le 3 juillet 1941, en même temps que Paul Hauet, il est incarcéré à Fresnes. Impliqué par la suite, dans l'affaire dite du musée de l’Homme en raison de l'identification de son écriture et ne pouvant nier les faits, il parvient à disculper ses co-inculpés et ainsi faire libérer le colonel Hauet et ses collaborateurs. Condamné à mort le 18 mai 1942 pour activité anti-allemande par le tribunal militaire de Paris avec ses collaborateurs directs, il demande au tribunal de payer pour tous. Cette grâce lui est refusée et il est déporté en sursis d'exécution en juin 1942, d'abord à la prison de Rheinbach puis au pénitencier de Sonnenburg (Pologne) où il meurt en janvier 1944 à l'âge de 74 ans.
Le colonel Dutheil de la Rochère a été homologué au grade de chef de mission de 1ère classe à titre posthume. La médaille de la Résistance française lui a été décernée à titre posthume par décret du 31 mars 1947.

