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Joseph Hackin
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Joseph Hackin

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Joseph Hackin est né le 8 novembre 1886 à Boevange sur Attert au Luxembourg alors que son père exerce le métier de cocher à Paris.

Enfant unique, il quitte le Luxembourg à l’âge d’un an et passe les 14 années suivantes à Magny, village de 130 habitants dans le Calvados, non loin d’Arromanches, où ses parents ont trouvé une place de cocher et de domestique chez les Achard de Bonvouloir.

Catholique, il fait la seconde partie de ses études secondaires, entre 1901 et 1903, au pensionnat Saint-Pierre à Dreux où il entre en classe de seconde et prépare le baccalauréat qu’il obtient en 1903. Venu ensuite à Paris, il est diplômé de l’institut commercial de Paris (ICP) en 1905 avant d’entrer à l’Ecole libre des Sciences-politiques dans la section économique et sociale.

En 1907, fraîchement diplômé de l’école libre de sciences politiques, il devient secrétaire du fondateur du musée Guimet, Emile Guimet. Il se dirige dès lors vers l’étude des sciences historiques et philologiques d’abord comme élève stagiaire (en 1908) puis titulaire (en 1909) de l’Ecole pratique des hautes études (section des sciences historiques et philologiques) en sanscrit et en tibétain. Diplômé en 1911, il entame une thèse de doctorat sous la direction de son professeur de sanscrit, l’indologue Sylvain Lévi, professeur au collège de France, sous l’influence duquel, il s’imprègne profondément de la philosophie bouddhique.

Il est naturalisé français en 1912 et nommé conservateur-adjoint, toujours au musée Guimet, en juin 1913.

Mobilisé comme soldat de 2e classe en août 1914 au 74e Régiment d’infanterie, Joseph Hackin prend part à la bataille de la Marne ; il est promu caporal-chef en décembre 1914, puis sergent en janvier 1915. En mai 1915, il reçoit son galon de sous-lieutenant avant d’être blessé au bras droit par de multiples éclats de grenade le 5 juin au matin et de nouveau blessé, l’après midi-même, par un éclat d’obus à la hanche gauche, près de Neuville Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais.

Après une année de soins, qu’il met à profit pour soutenir sa thèse, il passe au 276e RI. Prenant part aux combats devant Verdun, il est encore blessé, le 27 avril 1917, au Bois des Courrières.

Affecté à l’armée d’Orient en septembre 1917, il passe au 58e RI et est blessé une troisième fois, le 11 février 1918, en Serbie à la tête de ses hommes ; lieutenant en mai puis exerçant les fonctions de commandant de compagnie en juin, il termine la guerre titulaire de la Légion d’Honneur et de la croix de guerre.

Démobilisé en juin 1919, Joseph Hackin retrouve ses activités au Musée Guimet dont il est nommé conservateur en 1923 et qu’il va s’attacher à moderniser. L’année suivante, il part pour sa première campagne de fouilles en Afghanistan et s’intéresse particulièrement aux bouddhas géants de Bamiyan. Enfin, il fouille à Paitava au nord de Kaboul et y découvre un Buddha au grand miracle en schiste le 20 décembre 1924 avant de rentrer en France.

Docteur ès-Lettres, il est nommé professeur à l’Ecole du Louvre pour l’archéologie et l’Histoire de l’Inde en 1929, année où il repart pour l’Afghanistan avec sa jeune épouse Marie en dépit des troubles politiques locaux.

Directeur français de la maison franco-japonaise à Tokyo de 1930 à 1933, Joseph Hackin est détaché, en 1931 et 1932, comme archéologue auprès de la mission Citroën Centre-Asie (la "Croisière jaune") et dirige cette mission difficile dans le Turkestan chinois. Scientifique, il n’en est pas moins homme d’action, lui qui écrit dans ses carnets intimes, "Le danger mesure exactement la valeur de la personnalité humaine".

A partir de 1934, il assure sur le terrain la direction de la Délégation archéologique française en Afghanistan.

Jusqu’en septembre 1939 il aura accompli cinq longues campagnes de fouilles en Afghanistan espacées par des retours en France, au musée Guimet, permettant l’étude et la présentation des résultats de ses recherches auxquelles collabore activement et remarquablement son épouse, Marie Hackin. Savant reconnu, il est par ailleurs membre de nombreuses sociétés scientifiques, françaises et étrangères.

Au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939, le capitaine de réserve Hackin est placé en affectation spéciale mais il demande à pouvoir rejoindre une unité combattante. En mars 1940, il est finalement mobilisé en qualité d’officier de la liaison du général commandant le Théâtre d’opérations en Méditerranée (général Weygand) auprès de la  Légation de France à Kaboul ; il est promu chef de bataillon en mai 1940.

Après l’armistice, refusant la défaite, Joseph Hackin fait adresser au général de Gaulle le 5 juillet 1940, depuis Kaboul par l’intermédiaire de la légation britannique, une offre de ralliement pour lui, Ria, son adjoint Jean Carl, attaché à la DAFA et André Beaudouin, professeur au lycée français de Kaboul.

Alors que le général de Gaulle lui demande de rester sur place pour défendre les intérêts français, il est sollicité par le gouvernement de Vichy pour occuper les fonctions de chef de la représentation diplomatique française à Kaboul. Il refuse mais doit quitter rapidement l’Afghanistan.

Le 18 août, les Hackin, Carl et Beaudouin (qui deviendra avec le grade de commandant le directeur de l’Ecole des Cadets de la France libre) quittent l’Afghanistan pour l’Inde. Arrivés à Bombay le 23, ils rencontrent les premiers membres du Comité de la France libre qui s’y constitue. Fin août, ils embarquent à Bombay. Arrivés en Afrique du sud à la mi-septembre, ils rejoignent l’Angleterre à la mi-octobre.

Engagé dans les Forces françaises libres, le commandant Hackin est affecté aux services civils de Carlton Gardens (QG des FFL). Il est chargé, avec Pierre-Olivier Lapie et Augustin Jordan notamment, du service des relations extérieures et, à ce titre, établit des contacts avec les groupes de Français libres, les comités de la France libre, qui se forment un peu partout dans le monde.

Sous son nom, le 14 décembre 1940, il fait à la radio de Londres un discours d’une teneur très politique où il précise le positionnement doctrinal de la France libre rejetant la Révolution nationale et certains errements de la 3e République.

En raison de sa connaissance approfondie des milieux et des questions asiatiques, Joseph Hackin est chargé d’une mission politique et diplomatique de trente étapes passant par l’Inde, la Chine, le Moyen-Orient et l’Océanie. Représentant du général de Gaulle, il doit entrer en contact avec le Gouvernement de l’Inde et établir un rapport sur la situation dans les Etablissements français dans l’Inde. Il est également chargé de présenter au vice-roi des Indes l’expression de la reconnaissance du chef des Français libres pour l’intérêt qu’il porte aux œuvres de la France libre.

Avec son épouse, il embarque le 20 février 1941 sur le steamer Jonathan Holt. Le 24 février, le navire est torpillé et sombre au large des îles Féroé ; tous deux disparaissent dans le naufrage.

 

■ Officier de la Légion d’Honneur
■ Compagnon de la Libération  -  décret du 13 mai 1941
■ Croix de Guerre 14/18 (2 citations)
■ Croix Militaire (Roumanie)
■ Médaille commémorative de la Grande Guerre
■ Médaille interalliée dite de la Victoire
■ Médaille commémorative d’Orient
■ Croix commémorative 1916-1918 (Roumanie)
■ Commandeur de l’Ordre de la Couronne de Chêne (Luxembourg)
■ Médaille Commémorative serbe
■ Officier de l’ordre du soleil Levant (Japon)
■ Ordre du Trésor sacré – 3e classe (Japon)
■ Grand-croix de l’Etoile d’Afghanistan

 


Principales Publications :

L'Art tibétain, collection de M.J. Bacot exposée au Musée Guimet, P. Geuthner, Paris 1911
• Les scènes figurées de la vie de Bouddha d'après des peintures tibétaines, Paris 1916 (Thèse)
• Formulaire sanscrit-tibétain du Xème siècle (Mission Pelliot en Asie Centrale T.II), P. Geuthner, Paris 1924
• La Sculpture indienne et tibétaine au Musée Guimet, Librairie Ernest Leroux, Paris 1931
• L'œuvre de la Délégation archéologique française en Afghanistan (1922-1932), Maison franco-japonaise, Tokyo 1933
• Nouvelles recherches archéologiques à Bāmiyān, Mémoires de la DAFA (III) avec la collaboration de J Carl, G. Van Oest, Paris 1933

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