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Nantes

citation 

Blason de la Ville de Nantes
Blason de la ville de Nantes
                   

  « Ville héroïque qui, depuis le crime de la capitulation, a opposé une résistance acharnée à toute forme de collaboration avec l'ennemi. Occupée par les troupes allemandes et soumise aux plus dures mesures d'oppression, a donné aux Français, par de nombreuses actions individuelles et collectives, un magnifique exemple de courage et de fidélité. Par le sang de ses enfants martyrs, vient d'attester devant le monde entier la volonté française de libération nationale. »

(Nantes, Compagnon de la Libération par décret du 11 novembre 1941)

 

Historique

Le 19 juin 1940, les troupes allemandes pénètrent dans la ville de Nantes. Les points stratégiques (le port, les gares) sont immédiatement occupés et, pour garantir l'ordre public, les autorités militaires font établir sur-le-champ par la municipalité une liste de 20 otages. Les mesures répressives accompagnent donc l'occupant dès le premier jour. D’autre part, à Nantes et dans les environs, 45 000 prisonniers de guerre français sont internés dans différents camps jusqu'à leur transfert vers l'Allemagne en janvier 1941.

A Nantes comme ailleurs, une résistance spontanée, composée d'individus ou de petits groupes isolés, naît dès les débuts de l'occupation. En juillet 1940, les bases d'un premier réseau de renseignements - sous la direction de Jean-Baptiste Legeay (qui sera décapité à Cologne en février 1943) - se constituent. Ce réseau transmettra à Londres des données importantes sur l'implantation des unités allemandes. De même, un des tout premiers journaux clandestins, En Captivité, apparaît à Nantes en novembre 1940.

 Panneaux indicateurs allemands à Nantes (Archives municipales de Nantes)
Panneaux indicateurs allemands à Nantes
(Archives municipales de Nantes)

Parmi d'autres actions (notamment plusieurs câbles de communication sectionnés), deux étudiants accrochent un drapeau tricolore au paratonnerre de la cathédrale Saint-Pierre le 11 novembre 1940 à la date anniversaire de l’armistice de 1918. Le 16 décembre, le groupe Bocq-Adam met le feu, sur l'Hippodrome du Petit-Port, à un dépôt de camions allemands chargés de pneus neufs.

C'est aussi à Nantes, le 22 janvier 1941, qu'est arrêté l’officier de marine de la France libre Honoré d'Estienne d'Orves, responsable du réseau Nemrod qui a établi quelques jours auparavant la première liaison radio avec Londres depuis Chantenay.

Mais les sanctions des autorités d'occupation pleuvent sur la ville où est instauré un couvre-feu quotidien de 21 heures à 5 heures. Des amendes de plusieurs millions de francs sont successivement imposées à la commune alors que des habitants sont requis pour la surveillance des installations électriques et de communication. Dans le camp de Choisel à Châteaubriant, les détenus politiques prennent rapidement la place des prisonniers de guerre envoyés en Allemagne. Le 30 août 1941, Marin Poirier, membre du Comité d'entente des associations de combattants et victimes de guerre du département - qui a organisé l'évasion de nombreux prisonniers du camp de Choisel - est le premier fusillé nantais.

Le 20 octobre 1941, le Feldkommandant de la ville, le lieutenant-colonel Hotz, est abattu dans le centre-ville, rue du Roi Albert, par les résistants parisiens, membres des Bataillons de la Jeunesse, Gilbert Brustlein et Spartaco Guisco qui, ensuite, regagnent la Capitale. Le surlendemain, en représailles, 48 otages sont fusillés : 27 à la carrière de la Sablière à Châteaubriant et 16 à Nantes, sur le champ de tir du Bêle, alors que cinq résistants nantais subissent le même sort au Mont Valérien.

Dans les mois qui suivent, de nouveaux attentats ont lieu et d'autres otages sont exécutés, choisis parmi les Nantais détenus et les internés politiques du camp de Choisel. Le général de Gaulle, dès le 11 novembre 1941, décerne la Croix de la Libération à la ville de Nantes, "ville héroïque qui, depuis le crime de la capitulation, a opposé une résistance acharnée à toute forme de collaboration avec l'ennemi".

Début 1942, les attentats contre les collaborateurs et les Allemands ainsi que les coupures de communication se développent. Elles sont le fait principalement de la résistance d'obédience communiste. La répression ne cesse de grandir et plus de 500 Nantais seront, au total, portés sur la liste des otages aux mains des Allemands jusqu'à la libération de la ville.

Du 15 au 28 janvier 1943, le tribunal militaire allemand de Nantes, prononce, dans le procès dit des « 42 », 37 condamnations à mort contre des FTPF de la région, arrêtés principalement depuis l'été 1942 par les autorités françaises. Il s'agit sans doute, en nombre de condamnations à mort prononcées, du procès le plus meurtrier de toute l'Occupation.

 Place royale à Nantes
Place royale à Nantes

Les bombardements alliés qui touchent la ville sont également dramatiques, d'abord en octobre et décembre 1941, en avril et mai 1942, en mai et septembre 1943 et autour du débarquement du 6 juin 1944. Le bilan est lourd : 15 000 personnes sinistrées, plusieurs milliers de logements détruits, plus de 1 500 morts.

En juin 1944, une des dernières opérations allemandes est la destruction du maquis de Saffré où 350 jeunes maquisards peu équipés tiennent tête - avant de se disperser - à 2 500 Allemands. 27 maquisards arrêtés sont fusillés le 29 juin au Château de la Bouvardière.

Le 12 août, après le départ des Allemands qui ont fait sauter ponts et installations portuaires, le 5e Bataillon FFI entre dans la ville, suivi par les Américains. Le Maire Clovis Constant et le nouveau conseil municipal sont installés dans leurs fonctions par le préfet Vincent.

Les FFI à Nantes  (Archives municipales de Nantes)
Les FFI à Nantes
(Archives municipales de Nantes)

Le 14 janvier 1945, lors d’une cérémonie publique, le général de Gaulle remet la croix de la Libération de la ville de Nantes à son maire, Clovis Constant. Par ailleurs, six Nantais (René Babonneau, Jean Demozay, Alfred Heurtaux, Bertrand Jochaud du Plessix, Yves et Jean Mahé) ont été faits compagnon de la Libération à titre individuel.

Discours prononcé par le général de Gaulle le 14 janvier 1945 à Nantes

Quelle émotion nous étreint tous aujourd’hui, en cette grande ville libérée qui a donné à la France en 1940, en 1941, en 1942 et en 1943, l’exemple de ce que peut faire et de ce que sait faire une bonne grande ville française quand elle est courageuse et résolue ! Les ruines, les morts, les épreuves physiques et morales endurées ici collectivement, et celles plus dures encore que chacun de vous a supportées à son foyer ou dans le secret de son cœur… tout cela est l’ensemble de ce que Nantes a offert à la France et que la France n’oubliera jamais.

C’est pourquoi, au nom de la France, le Chef du Gouvernement de la République, accompagné des Ministres de la Reconstruction et de l’Agriculture, est venu remettre la plus haute distinction possible : la Croix de la Libération en vertu de quoi elle devient « Compagnon de la Libération » avec ce que cela représente de courage, de sacrifice et d’unité. Je dis unité parce qu’elle est indispensable pour mener à bien tout ce qui nous reste à faire : il nous faut terminer cette guerre victorieusement. Nous aurons encore à subir des épreuves physiques, les plus dures peut-être. Mais cette année sera l’année de la gloire, de la victoire, l’année où nous irons sur le Rhin… L’année où toutes nos souffrances seront récompensées, qui fera que nous n’aurons pas souffert pour rien et que nos morts ne seront pas morts en vain. [ovation formidable]

La France a su revivre, sortir du tombeau, plus grande que jamais. Nous en sortirons. J’en réponds ici, devant la France entière, en présence de Nantes. La France, pour cette victoire et pour son avenir, a besoin de tous ceux et celles qui sont ses enfants. Elle sait bien qu’il y a pu avoir des illusions pour les uns et les autres ; mais elle sait aussi que l’immense majorité de ses enfants est restée fidèle à la Patrie. La France veut que tous ses enfants aient une place autour du Foyer de la Patrie. Tels sont les sentiments qui nous animent tous et qui remplissent l’âme de tous nos soldats qui se battent à l’Est, et de tous ceux qui, à proximité immédiat, font face aux derniers Allemands cramponnés à notre sol : ces soldats, qui sont une même armée française, qui sont là pour témoigner que la France veut être servie et devenir une grande puissance unie… C’est là notre volonté. N’est-ce pas, Nantes, que j’ai raison de la dire ? » [ovation indescriptible]

Pour en savoir plus :

Bibliographie indicative

 

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