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Pierre Deshayes
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Pierre Deshayes

BCRA
BOA
DGER

Alias : Rod - Gramme - Mussel - Jean-Pierre

Pierre Deshayes est né le 24 décembre 1918 à Gomené dans les Côtes d'Armor d'un père agent des PTT et d'une mère employée de maison.

Au terme de quatre années d'études à l'Ecole pratique d'industrie, CAP et brevets professionnel d'ajusteur et d'électricien en poche, il entre en octobre 1935 dans les chemins de fer qui recrutent alors des électriciens.

Après plusieurs mois de formation et de stages, au cours desquels il suit en plus des cours par correspondance, Pierre Deshayes s'inscrit au conservatoire national des Arts et métiers.

Peu de temps après, en novembre 1939, il est mobilisé dans le Génie.

Fait prisonnier le 16 juin 1940 à la Charité-sur-Loire (Nièvre), il est libéré grâce à sa profession de cheminot début septembre 1940 et reprend son emploi aux Ateliers centraux de La Folie près de Nanterre.

Refusant l'occupation, Pierre Deshayes décide de rejoindre les Forces françaises libres en Angleterre. Il quitte Paris et, le 15 janvier 1941, entre clandestinement en Espagne. A Barcelone, il est hébergé dans une pension de famille par l'ambassade britannique avant de rejoindre Madrid puis de se diriger vers la frontière avec le Portugal. A bord du train pour Badajoz, il est arrêté par un policier espagnol mais s'évade en sautant en marche et parvient à gagner le Portugal.

Là, il est pris en charge par le poste FFL mais il doit attendre trois mois qu'un cargo le dépose à Gibraltar. Fin mai 1941, il embarque sur un croiseur britannique qui est détourné pour participer à la chasse au Bismarck et qui le débarque finalement en Gambie d'où il repart à nouveau pour Gibraltar. Pierre Deshayes arrive en Ecosse, à Greenock, à la mi-juillet 1941.

Après un passage à la Patriotic School, il se voit proposer de retourner en France pour des actions clandestines. Engagé dans les Forces françaises libres, il est affecté au Bureau central de renseignements et d'Action (BCRA). Pierre Deshayes effectue alors un stage de parachutiste à Ringway puis un entraînement de plusieurs mois à Inchmerry.

En février 1942, le BCRA envisage de l'envoyer en Bretagne comme saboteur mais en raison de l'arrestation de son contact en France, la mission est annulée et il poursuit ses stages.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1942, Pierre Deshayes (alias Rod) est déposé par une opération aérienne au nord de Châteauroux. Il rejoint Lyon où il retrouve Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin. Grâce à Yvon Morandat, il obtient les contacts nécessaires pour se rendre à Lille pour prendre le commandement du réseau Action de la Région A (qui couvre 5 départements du Nord), autrement dit la "Zone interdite", rattachée au commandement allemand de Bruxelles. Les conditions sont difficiles car son opérateur radio qui n'est parachuté que le 24 mars 1943 est arrêté 10 jours après son arrivée.

Egalement le 24 mars 1943 à Paris, il est présenté avec les autres officiers d'opérations du BCRA par le colonel Passy et Pierre Brossolette aux principaux responsables des mouvements de zone nord.

Rapidement déchargé de la partie sabotage, au profit du délégué militaire régional, Raymond Fassin, Pierre Deshayes est responsable du Bureau des opérations aériennes (BOA) pour la Région A. Il commence par choisir des terrains de parachutages qu'il propose aux services de Londres. Il s'emploie également à prendre contact avec les organisations résistantes de la Région A : La Voix du Nord, Libération-nord ou l'Organisation civile et militaire (OCM).

Fin août 1943, il bénéficie de deux renforts importants. Celui d'Arnaud Bisson, animateur de la résistance dans l'Oise, qui a du, avec sa famille quitter son domicile pour échapper aux recherches de la police allemande. Rod lui confie la direction du BOA dans le département de l'Aisne. Et celui d'Edouard Paysant, chef de secteur dans l'Orne dont toute la famille a été arrêtée, qui est chargé dans l'immédiat de s'occuper de la Seine-Maritime et, par la suite, de seconder Rod dans sa mission.

Par son action tenace et résolue, Rod réussit à mettre en place tout un réseau de chefs départementaux et de comités de réception, tant d'atterrissage que de parachutage. Ces parachutages permettent l'instruction et l'armement des groupes d'action, sabotages et guérilla.

Dans les mêmes conditions, Tout en respectant les règles de cloisonnement entre les réseaux, Deshayes est en mesure d'apporter l'aide de ses équipes à l'évacuation d'aviateurs alliés rescapés de la perte de leur appareil, de résistants et d'officiers en mission recherchés par les polices ennemies.

Après un an de mission, pourchassé et fatigué, il doit être rapatrié en Grande-Bretagne. Fin janvier 1944, il accueille son successeur à la tête du BOA de la Région A, Robert Aubinière (alias Amiral) qui prend ses fonctions début mars.

Contacté par la section F du Special Operations Executive (SOE), les services secrets britanniques, pour une opération d'enlèvement d'un responsable allemand de l'organisation Todt, Pierre Deshayes diffère son départ. L'opération, mal montée par les services anglais, ne se fera pas. Mais il est toujours en France, au moment où Amiral est arrêté le 14 avril ; Rod demande le remplacement d'Amiral au BCRA qui se trouve dans l'impossibilité d'y pourvoir rapidement. Rod décide de rester sur place, reprenant ses responsabilités de chef régional BOA. En mai 1944, il quitte Lille et s'installe au Nouvion, dans l'Aisne.

Le 10 juillet 1944, « Gramme » fait la connaissance de Jean Vimont, alias Vicary, alias Moine, appelé à lui succéder à la tête du BOA de la Région A. Les deux hommes s'entendent parfaitement et, durant le mois d'août particulièrement chargé en parachutage, sabotages, accueil de spécialistes et de la mission interalliée Augustus, « Gramme » apporte son aide à Moine ainsi qu'à Georges Vankemmel, pour la préparation et l'exécution de plusieurs opérations

La mission de Pierre Deshayes, d'une durée exceptionnellement longue, 20 mois, s'achève à la libération.

Il travaille après la guerre au quotidien La Voix du Nord.

Pierre Deshayes est décédé le 26 octobre 2011 à Redon (Ille-et-Vilaine). Il est inhumé au cimetière du Pouliguen en Loire-Atlantique.

• Commandeur de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 24 mars 1945
• Croix de Guerre 39/45
• Distinguished Service Order (GB)
• Croix de Guerre (Belgique)
• Officier de l'Ordre de Léopold (Belgique)

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