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Le 2e Régiment d'infanterie coloniale
Unité historique de l'Armée française
dont l'origine remonte à Richelieu, le 2e Régiment
d'infanterie coloniale (2e RIC) prend une part active à la campagne de France
de 1940. A partir du 27 mai, il est chargé de la défense d'Amiens
et résiste héroïquement jusqu'au 10 juin. Recréé en septembre 1940,
dans le cadre de l'Armée d'Armistice, il est finalement dissout
deux mois plus tard.
Le 24 septembre 1945, à Chelles,
le général de Gaulle agrafe
la Croix de la Libération
sur le drapeau du 2e Régiment d'infanterie coloniale
:
"Unité de volontaires ralliés
au général de Gaulle en Palestine sous le nom de 2e
Brigade, avec les bataillons de marche qui s'étaient déjà distingués
en Erythrée, a participé depuis à toutes les campagnes de la France
libre et de la libération. En Syrie, en Libye à El Alamein, en Tunisie
à Takrouna, en France à Toulon, à Belfort, à Colmar et dans les
Alpes, ce magnifique régiment a toujours représenté l'un des corps
les plus solides, les plus braves et les plus ardents de la 1ère
Division française libre. Composé à l'origine de tirailleurs d'Afrique
noire encadrés de volontaires français, entièrement renouvelé par
suite de ses pertes subies au cours de multiples combats, le 2e
Régiment d'Infanterie Coloniale a terminé la campagne avec des jeunes
engagés accourus spontanément de toutes les provinces de France,
et n'a déposé les armes qu'après la victoire finale ; cinq années
de luttes ininterrompues sur trois continents et de nombreux hauts
faits sanctionnés par plus de cinquante croix de la libération et
de trois cent cinquante citations à l'ordre de l'Armée."
Sous le nom de 2e Régiment
d'infanterie coloniale, cette Croix de la Libération, la plus prestigieuse
décoration de la France libre, récompense, en réalité, les cinq
années de combat de la 2e Brigade française libre (2e
BFL).
Naissance de la 2e
Brigade française libre
Les origines premières de la 2e
BFL remontent au mois d'avril 1941 lorsque, au camp de Qastina,
en Palestine, est mise sur pied sous les ordres du général Legentilhomme
la 1ère Division l égère française libre (1ère
DLFL) formée, d'une part, de la 13e Brigade mixte de
Légion commandée par le lieutenant-colonel Cazaud
et, d'autre part, de la 1ère Brigade coloniale commandée
par le lieutenant-colonel Génin.
La 1ère Brigade coloniale, de laquelle est directement
issue la 2e BFL, comprend alors, outre le 1er
Bataillon d'infanterie de marine, le Bataillon de marche n°4 et
le Bataillon de marche n°3, ce dernier arrivant d'Erythrée
où il s'est distingué lors des combats de Kub-Kub, sous les
ordres du commandant Garbay.
La 2e Brigade, dont
le P.C. se trouve à Damas, doit attendre le 3 avril 1942 pour qu'une
décision lui donne officiellement naissance, la réunissant à la
1ère Brigade du général Koenig
pour former sous l'autorité du général de
Larminat les Free French of the Western Desert (FFWD). La
2e BFL, qui rejoint la VIIIe Armée britannique à la
fin du mois d'avril dans le désert de Libye, prend position dans
la région de Bardia ; elle compte à ce moment là trois bataillons
d'infanterie : le 1er Bataillon de Légion étrangère (1er
BLE) et les bataillons de marche n°3 et n°11. L'ensemble de ses
effectifs est de 3 159 hommes, soit environ 2 000 de moins que la
brigade Koenig.
La 2e Brigade poursuit
ses efforts pour s'équiper et parfaire son instruction tout en constituant,
dès le 3 juin 1942, un centre de résistance dans la région de Gambut
(50 kms environ à l'est de Tobrouk) dont elle défend le terrain
d'aviation. Au moment de la sortie de vive force de Bir-Hakeim elle
contribue à recueillir les rescapés de la 1ère Brigade
avant de se replier avec la VIIIe Armée.
L'Egypte
L'été 1942 est marqué par le remaniement
en profondeur des FFWD. Ne comptant plus que deux bataillons (BM5
et BM11) et toujours imparfaitement équipée, la 2e
Brigade se voit chargée pendant trois mois de tenir des positions
défensives à proximité du delta du Nil. Le 17 octobre 1942, enfin,
elle est rapprochée du front. Le 20, elle stationne dans la région
d'Alam El Alpha ; le 23, la bataille d'El Alamein est engagée. Le
BM5 et le BM11 tiennent respectivement les faces ouest et sud du
secteur d'"Hogs Back", situé à 10 kms au nord de l'Himeimat.
Le 27, ils se portent vers la position de "Great Circle",
subissant quelques pertes par bombardements ou par mines, sans toutefois
livrer réellement bataille. Le 3 novembre Rommel décroche; une colonne
légère de la 2e Brigade est lancée à la poursuite de
l'ennemi en retraite; elle ne pourra pas le rattraper. Ne disposant
pas de moyens leur permettant de participer à une guerre de mouvement,
les deux brigades passent en réserve de la 8e Armée
à partir du 15 novembre, et ce, pendant plusieurs semaines qu'elles
mettent à profit pour se réorganiser.
La Tunisie
Début 1943, la 2e Brigade,
que commande désormais le général Brosset,
comprend les BM4, BM5 et BM11 et voit ses effectifs s'accroître
par l'arrivée de tirailleurs en provenance de Djibouti. Après quatre
mois passés en Cyrénaïque, la 1ère DFL est dirigée vers
la Tunisie où elle parvient au tout début de mai 1943, à temps pour
prendre part à la fin des opérations.
Dans la nuit du 6 au 7 mai la 2e
BFL relève, à Takrouna, les Ecossais de la 51e Division
; le 10 mai ses positions sont sévèrement pilonnées par l'artillerie
ennemie mais, le lendemain, le BM4 et le BM5 attaquent les éléments
de la 90e Division légère allemande qui leur font face
et conquièrent les Djebillats après des combats acharnés. Au soir
du 11 mai, la Brigade enregistre la capture de 265 Allemands et
de 85 Italiens. Au cours de la nuit suivante, des éléments du BM11,
conduits par le capitaine Magny
effectuent un fructueux coup de main en nettoyant un point d'appui
dont les feux prenaient à revers la position conquise. Le 14 mai,
la Brigade reçoit la reddition du général Orlando commandant le
21e Corps italien. La campagne de Tunisie est terminée
et la 2e BFL peut participer le 20 mai au défilé de
la victoire à Tunis, aux côtés de la 1ère Brigade, de
la Force L (Leclerc)
et des troupes alliées.
L'Italie
Début juin 1943, la 1ère
DFL reçoit l'ordre de quitter la Tunisie pour prendre position en
Tripolitaine. De retour en Tunisie deux mois plus tard, elle y passe
l'hiver à s'entraîner et à percevoir du matériel américain avant
de débarquer en Italie, à Naples, le 20 avril 1944. La 2e
Brigade est engagée le 16 mai ; le 17, elle franchit le Rio
Mari et crève la ligne "Dora" (BM11), occupe le Mont Calvo
(BM5) ; les 18 et 19, elle parvient à franchir le Rio Forma Quesa,
âprement défendu ; le 20, elle borde le Liri à l'ouest de Pontecorvo
(BM4) et au Monte Morrone (BM5), tandis que le BM11 s'empare du
monastère de Cappucini et entre dans les quartiers sud de Pontecorvo.
En cinq jours de durs combats, elle a perdu 100 tués et 360 blessés.
Le 5 juin, alors que les forces alliées convergent vers Rome et
entrent dans la Ville Sainte, la 2e Brigade reçoit
mission de couvrir leur flanc droit à hauteur de Tivoli. Le BM11,
précédé par les fusiliers marins, franchit le Tibre à Lunghezza
et s'empare de Bagni Albule. A sa droite, le BM5 se heurte à une
forte résistance à Ponte Lucano et à la Villa Adriana qui tombera
le lendemain.
Le 9 juin 1944, lors de la poursuite
de l'ennemi vers Florence, Montefiascone tombe sous l'action conjuguée
du BM4 et du BM11. Le 11, l'avance reprend vers Viterbo. Le BM4
entre dans Bolsena, mais au prix de plusieurs tués, dont son chef
le commandant Fougerat
et de nombreux blessés. Le 12 juin, le BM11 s'empare du Monte Rado.
Le lendemain, la 2e Brigade est relevée ; elle a perdu
en un mois 170 tués et 630 blessés et est regroupée dans le sud
de l'Italie avec les autres éléments de la 1ère DFL.
Le débarquement de Provence
Le 13 août 1944, les 15 807 Français
libres de la 1ère DFL quittent les ports de Tarente et
de Brindisi à destination d'une terre de France que certains n'ont
jamais connue, que beaucoup ont quittée depuis plus de quatre années.
Le 16 août, en tête de la Division, la 2e Brigade débarque
à Cavalaire avec le général Brosset et son Etat-major. Le 20 août,
l'attaque contre Toulon étant lancée, elle parvient à percer les
premières lignes de la défense allemande et à s'emparer du Mont
Redon, du village de La Crau, des Maurettes et de Hyères. Les 22
et 23 août, la Brigade s'empare des collines du Thouar, au-dessus
de La Garde, dernière résistance avant Toulon qui tombe le 25. Dès
le lendemain, elle entame la poursuite en direction d'Aix et du
Rhône ; le colonel Gardet
vient, le 25, d'en prendre le commandement.
Les Vosges
Poursuivant l'ennemi depuis Toulon,
la Division finit par le rattraper à la fin du mois de septembre
1944, au pied des Vosges où il a pu s'organiser. La 2e
BFL se trouve à la gauche de la Division et ses unités
sont engagées successivement à Lyoffans et Andornay les 25 et 26
septembre (BM4), au Bois Saint-Georges le 29 (BM5) et à Lomont le
28 (BM11).
Le 14 novembre, le BM11 quitte la
2e Brigade, avec laquelle il n'a cessé de se battre
depuis deux ans et demi. Il y est remplacé par le 22e
Bataillon de marche nord-africain (22e BMNA), placé
sous les ordres du commandant Lequesne.
L'offensive sur Belfort est déclenchée le 19 novembre. La 2e
Brigade attaque à gauche de la Division, sur l'axe Fresse-Auxelles-Haut
; elle ne rencontre pas de forte résistance. Le 21 novembre, le
BM4 est solidement installé au Mont Saint-Jean, tandis que le
BM5 a mis la main sur le Puix-Gy ; le lendemain, ses éléments entreront
dans Giromagny.
L'Alsace
La 1ère DFL est épuisée
; le 9 décembre, elle est relevée, et mise à la disposition du
général de Larminat, qui doit faire tomber les poche allemandes
de Grave et de Royan. Mais à peine est-elle arrivée sur l'Atlantique
qu'elle est rappelée dans l'Est : les Américains bousculés par l'offensive
allemande de von Rundstedt dans les Ardennes ont demandé à disposer
de la 2e DB, et il faut relever celle-ci au sud de
Strasbourg.
Le 2 janvier, la 2e
Brigade remonte en ligne en Alsace, entre Ebersmunster au nord et
Sélestat au sud, par un froid intense, avec un matériel à bout de
souffle et sans avoir pu combler ses pertes. Le lendemain, le colonel
Gardet en reprend le commandement. Elle est engagée le 23 janvier,
sur l'axe Saint-Hippolyte - Ohnenheim ; elle doit s'emparer des
passages sur l'Ill et le Benwasser, et occuper Ohnenheim pour couvrir
le flanc gauche de l'attaque. Il lui faudra presque dix jours de
durs combats, par un froid polaire, pour remplir cette mission au
moment où la résistance allemande dans la poche de Colmar s'effondre.
Après deux ou trois semaines de "garde du Rhin", la 2e
Brigade se réorganise dans la région de Ribeauville-Bergheim.
L'Authion
Affecté avec la 1ère DFL
au détachement de l'Armée des Alpes, dans le massif de l'Authion,
la 2e Brigade a la charge d'une opération secondaire
vers La Roya de part et d'autre de Breil en avril 1945. Après une
tentative infructueuse le 10 avril, le BM4 s'empare le 15 du col
de Brouis et entre dans Breil; il franchit le 16 la Roya et aborde
les premières pentes du Mont-Ainé. Le 22e BMNA coiffe
le Mangiabo le 10, s'empare, le 15, du col d'Agnon, puis passant
à droite du BM4, effectue, le 16, une première reconnaissance sur
Piene dont il s'emparera le 21. La 2e BFL exploite
ses succès : le 25, le BM4 prend position sur le Mont Ainé tandis
que le 22e BMNA occupe Olivetta et San Michele en Italie.
Le même jour, deux détachements, l'un du BM5 venu de Menton, l'autre
du 22e BMNA descendu d'Olivetta entrent dans Vintimille,
sous les acclamations de la population. C'est là la dernière opération
de la 2e Brigade, dont les unités participeront, le
8 mai 1945, au défilé de la victoire à Nice.
Le 15 mai 1945, par décision du Ministre
de la Guerre, la 2e Brigade française libre devient
le 2e Régiment d'infanterie coloniale et les trois
bataillons de marche BM4, BM5, et 22e BMNA qui la composent,
respectivement les 1er, 2e et 3e
bataillons de ce régiment. Le 25 mai 1945, à Cannes, le drapeau
du 2e RIC est remis officiellement au Régiment au cours
d'une prise d'armes. Ce drapeau qui en 1940 portait déjà les noms
de huit batailles obtient, en recueillant les traditions de la 2e
Brigade française libre, six nouvelles inscriptions : Kub-Kub 1941
- El Alamein 1942 - Takrouna 1943 - Pontecorvo 1944 - Toulon 1944
- Colmar 1945.
En souvenir du sacrifice de ses marsouins
tombés pour la France pendant ce conflit, le Régiment a été décoré
de la Croix de la Libération, de la Croix de Guerre 1939-1945 avec
2 palmes et de la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire
avec olive 1939-1945. Le 2e Régiment d'infanterie de
marine (2e RIMa), actuellement basé au Mans, est
l'héritier des traditions de la 2e Brigade française
libre.
Pour en savoir plus :
Liste des Compagnons
de la Libération ayant appartenu au 2e RIC
Bibliographie
ANNEXE
La filiation du régiment pendant
cette période est la suivante :
| Dates
(batailles)
|
Grandes unités
|
Unités subordonnées
|
|
Février 1941
(Kub-Kub)
|
1ère
Division légère française libre / 1ère Brigade
coloniale
|
BM3
BM4
·
1er BIM (bataillon d'infanterie de marine
|
|
Octobre 1941
|
2e
Division légère française libre, puis 2e BFL
(Brigade française libre)
|
BM3
BM11
· 1er
BLE (légion étrangère)
|
|
Juillet 1942
(El Alamein)
|
2e
BFL
|
· BM5
· BM11
|
|
Février 1943
(Takrouna)
(Pontecorvo)
(Toulon)
|
1ère
Division française libre
2e BFL
|
BM4
BM5
· BM11
|
|
Novembre 1944
(Colmar)
|
1ère
Division française libre
·
2e BFL
|
· BM4
BM5
· 22e
BMNA (bataillon de marche nord africain)
|
|
Mai 1945
|
1ère
DMI (ex. 1ère DFL)
·
2e RIC
|
·
1er Bat (ex BM4)
·
2e Bat (ex BM5)
·
3e Bat (ex BMNA)
|
Dernière mise à jour : le 3 avril 2001
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