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Pierre Ruibet

Pierre Ruibet est né le 9 juillet 1925 à Grenoble ; son père, charcutier, est un ancien combattant de la guerre de 14/18.

En 1929, il s'installe avec sa famille à Voiron dans l'Isère.

Au moment de l'armistice, en juin 1940, il n’a pas encore 15 ans et prépare un dossier d'admission à l'Ecole des Enfants de Troupe d'Autun qui est repliée à Audinac dans l'Ariège. Il y entre à la fin de 1941.

Elève brillant, il n'a qu'une idée : combattre l'occupant. Il essaie alors à plusieurs reprises, mais en vain, de rallier les Forces Françaises Libres.

Au début de l'été 1943, avec quelques camarades, il tente de rejoindre l'Angleterre par l'Espagne ; arrêté par la Guardia Civile et remis à la police française, il est rapidement libéré mais cette tentative lui vaut d'être exclu de l'Ecole d'Audinac.


Pierre Ruibet

Alors, pour échapper au Service du Travail Obligatoire (STO), il se fait engager dans une unité de travailleurs utilisés par les PTT à Jonzac, en Charente-Maritime, en septembre 1943. Employé comme terrassier, son unité de travail est dissoute fin décembre. S'étant rendu compte de l'importance du dépôt allemand de munitions des carrières d'Heurtebize situées à quelques kilomètres de Jonzac, il réussit à s'y faire engager comme travailleur civil.

Le groupe-franc "Alerte", groupe de sabotage et d'action de l'Organisation Civile et Militaire (OCM), dont le quartier général se trouve à Bordeaux, fait demander à Pierre Ruibet d'effectuer l'inventaire des munitions entreposées dans les carrières. Régulièrement, il parvient à en extraire des cartouches, des grenades et de la dynamite qu'il cache sous l'estrade des juges du Palais de Justice de Jonzac dont la concierge, Mme Robert, l'héberge dans sa famille.

En mai 1944, Pierre Ruibet connaît parfaitement les lieux ainsi que la valeur du stock de munitions qui s'y trouve. Celui-ci, impressionnant, correspond à 120 trains de munitions d'artillerie, d'armes portatives, de bombes d'avions, de mines terrestres et marines. Y sont stockés notamment 5 000 obus de 105, 3 500 de 155 et 2 000 de 220. Il s'agit en fait du dépôt le plus important de la Kriegsmarine pour l'Atlantique et la Mer du Nord.

Cible d'une extrême importance pour les Alliés, le dépôt de Jonzac ne peut être bombardé par l'aviation sans risquer de détruire entièrement la ville de Jonzac et ses habitants. En juin 1944, Pierre Ruibet propose au Groupe "Alerte" de faire sauter lui-même le dépôt d'Heurtebize en s'y introduisant et en le dynamitant. Ruibet, volontaire, ne peut agir seul ; il lui faut l'aide d'un de ses camarades chargé de faire le guet au moment de l'installation des explosifs. Ce sera Claude Gatineau qui, comme lui, travaille dans les carrières.

Le 4 juin, le groupe reçoit l'ordre de passer à l'action et fournit le matériel nécessaire à Pierre Ruibet ; le 8, celui-ci parvient à mettre les explosifs en place mais les détonateurs ne fonctionnent pas : il lui faut enlever et dissimuler le dispositif. Le 18, nouvel essai, nouvel échec.

Le 30 juin, à 7h30, il met en place un dispositif équipé de mèches rapides bien décidé à y mettre le feu à la main si les détonateurs devaient à nouveau ne pas fonctionner. A 8H30, alors que Claude Gatineau fait le guet, il déclenche les crayons détonateurs réglés pour une durée de quatre heures quand un sous-officier allemand, qui les a épiés, bouscule Gatineau et se jette sur lui. Pierre Ruibet tire sur son assaillant qui sort du dépôt en criant au sabotage. Dix-sept Allemands accompagnés de chiens se précipitent dans la carrière au moment où Pierre Ruibet met le feu aux mèches, conscient du sacrifice qu'il fait. Quatorze soldats disparaissent avec lui dans le dépôt où des explosions phénoménales se succèdent pendant deux jours.

Claude Gatineau, qui a pu échapper à l'explosion revient sur les lieux avec son uniforme de pompier mais il est reconnu par le sous-officier lui aussi rescapé. Torturé, il ne parle pas et est fusillé le lendemain.

Le 17 juillet, le corps de Pierre Ruibet est découvert et identifié puis inhumé par les Allemands dans la région de Bordeaux où son corps est retrouvé après la libération. Le 8 décembre 1944, ses obsèques ont lieu à Jonzac. Son inhumation définitive a lieu le 5 septembre 1960 au cimetière de Voiron.


• Chevalier de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 29 décembre 1944
• Croix de Guerre 39/45 avec palme

 

Dernière mise à jour : le 7 juin 2007
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